Les olympiades de la chimie

Fusion d’un début d’article pour le journal et d’une lamentation écrite hier l’autre soir au retour des olympiades. La fin date des dernières minutes.
Alors que nous n’espérions pas être sélectionné au niveau académique, 3 élèves du Lycée Charles et Adrien Dupuy ont passé avec brio l’épreuve théorique. Arrivé dans les 20 premiers de l’académie, nous avons du aller à Clermont pour passer une épreuve pratique. Entouré par la crème de la chimie auvergnate, il a fallu essayer de se débrouiller avec nos acquis nos esprits MacGyver.
J’arrive dans une salle de chimie assez délabrée. La peinture s’écaille sur les murs, la hotte aspirante est en bois, date sans doute des années soixante et fonctionne par l’action du saint esprit. On me présente ma paillasse, on nous brif sur le matériel à notre disposition, et c’est partit pour 3h30 de TP surveillé.
Première difficulté : Il y a une montagne de matériel sur la paillasse et il faut faire un système de chauffage à reflux. On ne nous a jamais laissé mettre en place ce genre de montage, de peur qu’on casse quelque chose et par manque de temps. Là, pas moyen d’y échapper, il faut se débrouiller pour faire comme on l’a toujours vu, en évitant que ça tombe et que ça ne se casse, et en essayant que ça marche.
Je met en place ma potence (comme ils appèlent ça) j’essaye d’accrocher la verrerie au mieux, je met de la graisse pour les rodages (chose que je n’avais jamais fait, c’était très marrant) et j’emboîte le tout comme je peux. Ça marche globalement. Sans plus !
Avant ça, il avait fallu mettre nos réactifs dans le ballon tricol (c’est toi le tricol) et j’avais décidé que si on perdait un peu de permanganate de potassium ce ne serait pas la mort car on devrait en rajouter. Y’avais des taches de permanganate sur toute ma paillasse. J’essayais de les faire disparaître quand mon examinatrice regardait le gars devant moi.
Bref, on lance le chauffage, l’écoulement d’eau et on commence à répondre aux questions.
Impossible d’écrire mes demi équations d’oxydoréduction en milieu basique. Impossible de me souvenir qu’il faut les écrire en milieu acide puis ajouter autant d’ HO- des deux coté pour avoir de l’eau d’un coté et des HO- de l’autre.
Bref, le TP avance, arrive le moment où on arrête de chauffer, qu’on ajoute différents trucs pour faire partir l’excès de permanganate. Au moment de filtrer le dioxyde de Manganèse, mon Büchner foire et je me retrouve avec de la poudre plein le filtrat. La prof qui me surveillait arrive, remarque que le filtre était correctement placé, et on décide de me passer un verre fritté totalement inadapté à ma fiole à vide que j’adapte en enlevant un joint (un truc en forme de cône). La filtration se fait (en trois fois sans frais). On vire notre MnO2 et tout le monde est content.
Enfin, on récupère notre filtrat et vient le moment d’ajouter de l’acide chlorhydrique concentrée. Tous nos réactifs étaient pré-dosés. Sauf celui-ci. Evidement, j’en ajoute un chouillat et je vais chercher mes petits morceaux de papier pH. Je me rends compte que notre acide chlorhydrique n’était pas pré dosé et qu’il fallait l’ajouter mL par mL, alors je décide que j’en avais ajouté 1mL et je fais comme si de rien n’était. Pendant ce temps, à cause des vapeurs d’acide chlorhydrique, mon papier filtre devient rouge sang (pH = 0) et je me met à tousser. Avec un peu d’agressivité, je demande si je peux ouvrir la fenêtre vu que ces vapeurs sont bien corrosives. Au bout d’un moment j’arrive à un pH de 1, et là, j’attends la formation des cristaux.
Plongeant mon bécher dans un bain marie d’eau glacée, je frotte les bords et je commence à désespérer. Mais enfin, ces petits cristaux se forment. Hourra.
Je Filtre sur mon Büchner défaillant, je récupère mes petits cristaux et je lance l’étape de recristallisation. Je fais disparaître mes petits cristaux dans de l’eau chaude et je replonge ce bêcher dans le bain d’eau et de glace.
Et là, impossible de faire réapparaître des cristaux.
Je frotte les parois, j’attends un peu, je remue dans la glace, rien. Le temps passe et mes cristaux restent dissous dans l’eau froide.
Dans un élan d’espoir, je balance un bout de glace dans mon bécher (en attendant que mon examinatrice ne regarde pas) et là, miracle, quelques cristaux se forment. Vite, je filtre de nouveau et je récupère quelques cristaux (des miettes gorgées de fibre de cellulose du filtre). Je vais les peser : 0,01g.
Je calcule mon rendement : 0,02% (en faisant des arrondissement à mon avantage).
J’arrive sur le banc Kofler, je calcule le point de fusion d’une de mes miettes et je trouve 162° (l’acide fond mais pas la cellulose, forcement). Et le TP se termine. Je n’ai même pas le temps de leur montrer que j’aurais pu faire du nylon. On s’en va.
Dans la voiture au retour, on est tous persuadé de n’avoir aucune chance.
Enfin tout ça pour terminer 5ème académique.



J’ai rien compris, mais apparemment, il y aurait eu 15 autres concurrents plus mauvais. Mais pourquoi donc ne fait on plus faire aux lycéens les montages?
Parce que finir 5ème avec un rendement de 0.02%, je n’ose même pas imaginer le rendement du 20ème…
Et dire que c’est la crème de nos futurs scientifiques, et que certains risquent de finir directeur de grandes sociétés chimiques…
Le 21 février 2007, 14h57 | #
“..nous avons du aller”=> “..nous avons dû aller” : ne pas confondre le verbe DEVOIR avec l’article DU. C’est pas grave, d’autant que maintenant 50 fautes de français dans des copies de DEUG passent la rampe avec allégresse (propos rapporté par un examinateur, membre de l’Académie des Sciences, de nos amis à la retraite : la retraite libère les langues). Mais quand on envisage un peu de littérature et qu’on se prénomme Mathieu, il convient de faire honneur à l’évangéliste, son ancêtre.
Le récit est alerte, vivant et incompréhensible pour le vulgaire que je suis. N’aurait-il pas dû (!), notre Mathieu, prendre en pitié les incultes en chimie et mieux définir les buts de l’opération absconse à laquelle il s’est livré, quitte à nous laisser dans le brouillard de sa préparation laborieuse ? Par amitié pour ses fidèles lecteurs, il va sans dire…
Allez, bravo pour le rang à 0,02% (amélioré) et sans rancune.
Le 24 février 2007, 21h21 | #