Pourquoi l’eau sort-elle de la route ?
A vrai dire, les phénomènes qui sont à l’origine de l’humidité de la route sont semblables à ceux qui sont à l’origine de la rosée du matin. Et pourtant, personne ne dit jamais « wa la rosée elle sort de l’herbe », même si certains pensent que beaucoup de choses peuvent sortir de l’herbe. (…)
Sachons le, Il n’y a pas de fumée sans feu, mais il peut y avoir des flaques sans nuages. A l’origine de ce problème, nous avons l’air. Celui-ci est composé principalement de dioxygène et de diazote, mais pas seulement. Il possède également une certaine quantité de vapeur d’eau, c’est à dire quelques molécules d’eau qui se baladent sans soucis entre les molécules de dioxygène et de diazote. On respire donc à chaque instant une certaine quantité d’eau (sans pour autant boire la tasse) qui est nécessaire au bon état de nos muqueuses. Imaginez un peu toute l’eau que vous allez respirer dans votre vie, et pensez ensuite à ceux qui meurent de soif. C’est vraiment honteux ce gaspillage.
L’homme ne peut pas supporter un air « trop sec » car sa peau a besoin de l’humidité de l’air pour hydrater les couches les plus externes (voilà pourquoi nos lèvres tombent en lambeau lorsqu’il fait un « froid sec » en hivers). C’est dans ces moments qu’on se rends compte qu’on est assez proche cousin de la truite.
Heureusement, les molécules d’eau contenues dans l’air restent à des distances raisonnables les unes des autres. Tant qu’elles ne sont pas trop nombreuses, elles ne se rencontrent que très rarement, et préfèrent s’occuper à valser avec dioxigène et diazote. Mais voilà, dès que les molécules d’eau commence à se rencontrer un peu trop souvent, elles gardent contact dans leur portable et elles n’attendent qu’une seule chose : se faire la bringue du siècle. Les molécules d’eau s’attirent entre elles, et plus elles sont nombreuses, plus elles sont bien ensembles (c’est ce qui explique la cohésion des liquides). A partir du moment où un certain nombre de molécules d’eau se sont retrouvées, il s’opère une sorte de condensation et une micro-gouttelette naît de l’air. Pour simplifier, la condensation c’est comparable à une orgie généralisée et absolument torride. On retrouve ce genre de choses au dessus d’une casserole d’eau bouillante : l’air contient tellement de molécules d’eau que celles-ci se rencontrent et forment des micro-gouttelettes qui sont bien contentes de trouver une surface à « mouiller ». Tant que ce n’est que la surface qui mouille, on est sauvés.
Avec ces explications simples, on s’approche de la notion de pression de vapeur saturante mais comment ce n’est pas un blog scientifique, on en a rien à carrer.
Quoi qu’il en soit, cela explique pourquoi des gouttes se forment au dessus d’une casserole d’eau bouillante et pas sur une route lors d’un temps sec… En gros, quand la route se mouille, personne n’est là a essayer de faire cuire ses nouilles juste à coté de la route. Il n’y a donc pas de raison que de la vapeur d’eau apparaisse comme ça.
En fait, les molécules d’eau qui se baladent dans l’air ne se rencontrent pas souvent, sauf si tout d’un coup l’espace qui sépare ces molécules diminue. Et c’est ce qu’il se passe lorsque tout d’un coup, il y a une chute de température. C’est particulièrement humain, lorsque la température baisse, les corps se rapprochent, et essayent de se réchauffer comme ils peuvent. La chute brusque de température provoque une belle déstabilisation des molécules qui s’occupaient à danser ensemble dans l’air. Les molécules d’eau se rencontrent de plus en plus souvent, commencent à se rapprocher les unes des autres, et là c’est le drame, il y a formation de gouttelettes qui viennent s’écraser lamentablement sur la route (ou sur les brins d’herbe, à vous de voir). Et voilà, la route est mouillée.
Tout ça pour dire qu’une route mouillée est le théâtre de nombreuses orgies aqueuses.
Se trouve dans Elucubrations, Binoclard, Un gène heure.
Un pauvre grain de sel dans toute la mer.


