Coquilles Vides
Pour ceux qui veulent encore de l’extrait, je continue le projet Coquilles vide, je dois être à une moyenne d’un mot par jour depuis que j’ai commencé la rédaction de ce truc. Voilà une petite partie de l’auto-introspection du personnage principal, qui se veut décalée avant d’être sérieuse. Pas assez à mon goût. Si je met un extrait c’est que je suis lucide sur mes capacités de terminer un projet. Si je ne diffuse pas un extrait alors Coquilles vide restera à tout jamais un dossier sur mon disque dur et rien de plus. Alors si ça peut faire plaisir à quelqu’un …

Les gens qu’on peut croiser dans la rue ont tendance à faire la gueule. J’ignore évidement s’ils en ont conscience ou non, mais leur mauvaise mine est malheureusement bien là. Les yeux tristes, les pensées embrouillées, les semelles qui s’usent au fil des pas. Ils sont touchant par leur tristesse pathétique. On aurait envi de les embrasser, de les serrer dans nos bras, de leur communiquer un peu de notre gaieté, mais c’est sûrement impossible vu qu’ils ne daignent même pas nous adresser un regard. Dans ce monde de tristesse, tout le monde souhaite s’enfermer dans sa perle de néant au fin fond d’une vieille coquille d’huître nacrée oubliée dans une fosse océanique entre les Bermudes et le Géant Casino.
Une femme croisée au hasard d’une rue m’a montré qu’elle avait tout compris. Quand je l’ai croisé avec son chien qui n’avait jamais vu de sa vie un salon de beauté canin, ses vêtements usés par le temps et par l’expérience d’une vie difficile, son visage gonflé d’alcool et de simplicité, je n’avais pas imaginé qu’elle puisse m’adresser la parole. Mais toutefois …
« Jeune homme, jeune homme, lança-t-elle d’une voix timide, ça fait plaisir de vous rencontrer. »
Je levai alors les yeux de mon propre néant pour faire le point. Pour donner une nouvelle chance à cette pauvre dame que mes a priori avaient classés dans la catégorie des personnes à éviter.
« Et pourquoi donc, madame ? » lui répondai-je. Je ne m’attendais à rien, je laissais juste une chance.
« Et bien parce que ça fait plaisir de voir quelqu’un qui sourit, qui ne fait pas la gueule. Tout le monde est triste, et ça me rend triste.
- Boh (je n’étais pas bien capable de formuler autre chose qu’une onomatopée bateau pour me laisser un peu de temps pour réfléchir à une réponse potentielle) c’est vrai que les gens ont tendance à être triste, mais c’est pas une raison pour l’être soi-même. Lorsqu’on suinte de bonheur, autant en faire profiter un petit peu les autres, et ça ne peut passer que par le sourire. »
Bon, je ne comprenais pas bien ce que j’avais dit, mais elle sembla le comprendre et s’en accommoda.
« C’est très bien, ça, les gens sont trop triste. »
Comprenant que la conversation allait tourner en boucle, je décidai de la rompre en lui souhaitant une bonne journée. Ces quelques secondes de communications sont pour moi comme un évènement, un électrochoc, une prise de conscience sur plusieurs points.
Avant tout, voilà encore une démonstration des erreurs que l’on fait chaque jours en classant dans de mauvaises catégories les personnes qu’on peut croiser. Même si on se défend de réaliser cette ventilation, on la réalise bien malgré nous. C’est un réflex de survie commandé par l’instinct.
C’est d’ailleurs ce qui nous permet de ne pas aller nous acoquiner avec l’escroc ou le voleur. C’est aussi ce qui nous impose d’entrer dans une charcuterie lorsqu’on veut une tranche de jambon et non chez le fleuriste voisin, et inversement lorsqu’on veut un bouquet de rose.
Le problème c’est que notre esprit de trompe souvent. Sur le nombre d’actions réalisées dans une journée, qu’il ne fasse qu’une dizaine d’erreurs c’est vraiment raisonnable.
Le principal bug du fonctionnement humain est qu’il recherche la rapidité plutôt que l’efficacité. Evidement, la rapidité est nécessaire à l’efficacité, mais la rapidité est aussi ce qui conduit directement à l’erreur. Imaginons une petite particule qui se permet de rentrer dans les poumons. Automatiquement, l’organisme va tout faire pour évacuer cette petite particule étrangère, au risque de se tuer lui-même. On se retrouve à tousser comme des porcs alors qu’un tout petit grain de semoule bio inoffensive s’est payé des vacances dans les bronches.
Le corps ferait mieux d’en prendre cinq pour se demander quel serait le meilleur moyen de faire sortir ce petit truc. La localiser exactement, la décoller un peu des tissus pour qu’elle parte plus facilement, etc…
Mais bon, cette rapidité est nécessaire à notre survie, et même si elle fait des erreurs, on peut pas y faire grand-chose, à part reprogrammer entièrement l’homme, et si jamais on laisse cette tache à des programmeurs Américains, on est pas sorti de l’auberge.
Quand on y regarde de plus près, on se rend compte que la rapidité est à l’origine de tout. Dans des situations simples où qu’une seule action est réalisable, il faut aller le plus vite possible. Je pense aux spermatozoïdes qui se lancent tête baissée dans l’ascension du col de l’utérus. Difficile de se perdre dans la dentelle utérine sachant qu’il suffit d’aller tout droit, qu’il y a qu’une seule route, et qu’une seule arrivée. Inutile donc qu’un spermatozoïde prenne quelques instants pour sortir sa carte ou son GPS et pour qu’il étudie le chemin le plus court vers son point d’intérêt.
Mais dans des situations complexes où une infinité d’actions sont réalisables, où on est totalement maître de ses actions et de ses pensées, il faut prendre un peu de distance avec ce que notre inconscient nous propose de faire.
« Et si je ne parlais pas à cette dame ? »
« Et si j’allais voler ce petit sac bien sympathique ? »
« Et si j’allais manger dans un resto chinois ? »


